Afeitom, la vie d’un « enfant maudit »

Posted on 29 novembre 2011

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« Qui vit sans défaut », c’est la signification du nom Afeitom en Kabyé, l’un des dialectes parlé au Togo. A sa naissance, Afeitom n’est pourtant pas arrivé au monde sans défaut. Il est sorti du ventre de sa mère avec une seule jambe. Cette malformation a failli lui coûter la vie.

 Ce handicap, dans des coins reculés du pays, est synonyme pour certains, de malheur pour la famille et le village. Ces enfants « maudits des dieux » sont habituellement confiés aux sorciers qui se chargent de leur mort. Afeitom y a échappé miraculeusement. Sa mère a décidé de préserver son enfant, mais elle est décédée un an après son accouchement. Son père, très pauvre, n’a pas pu s’en occuper et a surtout subi les pressions de l’entourage, il a alors cherché à placer son « enfant maudit ».

A son arrivée au CAST, Afeitom a mis du temps à être un enfant propre. Délaissé dans la ferme de son père, il y faisait ses besoins n’importe où. Aujourd’hui, malgré son handicap, c’est un jeune garçon comme les autres, il danse, joue au football, grimpe aux arbres, fait la course, de la balançoire et assure les tâches quotidiennes…

A 12 ans, c’est même « le grand frère » du CAST qui n’hésite pas à hausser le ton avec les autres enfants. Donneur de leçons, Afeitom est un garçon malin et intelligent. Lors du concours permettant de passer du primaire au collège, il a terminé premier de son école et quatrième du district. Plus tard, il souhaite devenir médecin ou infirmier : « aujourd’hui, il y a des maladies qui tuent beaucoup de gens, il faut les soigner pour les sauver ».

Afeitom n’a qu’une jambe, mais il a son avenir bien en mains, c’est une certitude. Il est surtout un exemple saisissant d’humanité. Son père – un agriculteur sexagénaire, père de six enfants qui habite à une dizaine de kilomètres de Kpalimé, dans le sud-ouest du pays – l’a bien compris. Lorsqu’il vient rendre visite à son fils, il apporte régulièrement quelques oeufs aux mamas du centre, en guise de reconnaissance.

En plus d’une vie « privilégiée » (électricité, eau du forage, bons repas, prise en charge médicale) par rapport aux autres jeunes togolais, Afeitom a reçu du CAST, deux béquilles et une prothèse dont le coût est exorbitant pour une famille togolaise : 1 million de francs CFA (1 500 euros environ). Sur le chemin de l’école ou du culte, le jeune togolais se déplace avec deux jambes même s’il boîte un peu.

 Dans quelques années, avec sa croissance, il faudra trouver de nouveaux fonds pour qu’il puisse obtenir une nouvelle prothèse à sa taille. Afeitom croit en lui, et croit aussi en Dieu : « c’est le plus puissant. La religion, elle m’apporte la réussite, le bien être, la santé». Protestant, le jeune homme connait bien la Bible. Lorsqu’on lui demande de représenter un lieu où il est en sécurité, il dessine Dieu et ses anges au paradis. « Paix et vie éternelle » a-t-il légendé.

Sur le petit mot qu’il m’a confié lors de mon reportage, il a inscrit deux citations :  » Sois le capitaine de ton âme « ,  » Sois maître de ton destin « . « Dans la vie, il faut pouvoir choisir ce que l’on veut faire », m’a-t-il glissé. Aujourd’hui, l’enfant maudit miraculé, a enfin lui aussi son destin entre les mains. Son handicap et son histoire l’ont endurci et il est chaque jour pour tous, un bel exemple de vie.

Texte et photos Simon Daval

 

Site Internet du CAST (Avenir Togo) : www.avenir-togo.org

Afeitom se présente et raconte sa journée.

Afeitom et Comla chantent l’hymne togolaise.

– Le reportage photos complet est à découvrir ici sur  www.SimonDaval.fr

– Le synopsis du reportage est téléchargeable en pdf. Sujet disponible pour journaux, magazines, expositions… N’hésitez pas à me contacter : contact@simondaval.fr

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