Sinsemilia : « Ces évènements de Grenoble, c’est vraiment de la merde ! »

Posted on 14 septembre 2010

0



 Les Artistes sont-ils engagés ? Est-ce que musique et comique riment avec politique ? Cet été, du côté des festivals alsaciens (Léz’Arts Scéniques de Sélestat et la Foire aux Vins de Colmar), nous avons rencontré Mike du groupe Sinsemilia, les rappeurs Marseillais d’ IAM ou encore l’humoriste Gad Elmaleh. Éléments de réponses.

Le sujet ne pouvait pas, ne pas être abordé. Mike, le leader du groupe de reggae Sinsemilia, a grandi à Grenoble. C’est là, le 30 juillet dernier, que Nicolas Sarkozy a promis (entre autres) la déchéance de la nationalité française pour les auteurs d’agressions contre des policiers. Un discours qui a fait suite aux émeutes provoquées par la mort, entre les mains de la police, d’un jeune Rom et d’un jeune immigré. Et sur ce sujet, le chanteur ne mâche pas ses mots : « Ces évènements de Grenoble, c’est vraiment de la merde ! Il y a là une notion de chacun pour soi extrême, de mal-être personnel dans lequel l’autre n’apparaît pas à sa place . De plus en plus, les gens se dressent les uns conte les autres et on les dresse les uns contre les autres ». Pour autant, le leader de « Sinsé » n’en oublie pas son métier : « Je suis chanteur, je ne suis pas qualifié pour faire une analyse . Je suis un simple citoyen qui a son opinion, son regard sur les choses ». De quoi en tout cas l’inspirer pour l’écriture des morceaux comme J’ai honte pour ma France. « Oui, cela fait partie des morceaux que l’on préfèrerait ne pas avoir à écrire, confie-t-il. Mais quand tu regardes les dernières années, le sentiment que cela provoque, c’est de la colère et de la honte. On a jamais été très optimistes chez Sinsé mais pour trouver un espoir dans la période actuelle… il faut déjà bien fouiller ! ». Du côté des rappeurs marseillais d’I AM, qui ont fait leur « come back », on ne voit pas vraiment non plus l’avenir, d’un bon oeil… « Nos quartiers ont changé. Nous, nous sommes d’une génération où le rap c’était la marche des beurs, c’était des quartiers conscientisés, politisés, organisés. Aujourd’hui, ce sont des quartiers de droite. A une époque, être le meilleur, c’était bien travailler à l’école, réussir en sport et maintenant, c’est le concours de qui est le plus méchant, qui est le plus vilain… Ils se rebellent contre rien. La France a voulu avoir ces gamins là ». Selon eux, «  la politique actuelle est basée sur la peur et sur l’annonce » et ils ne manquent pas de la qualifier même de « télé réalité ». Les rappeurs de la cité phocéenne tiennent aussi à faire connaître leurs mécontentements dans leurs morceaux : « La chanson des prochaines élections va faire peur car je vous garantis qu’avec le niveau du débat, on va avoir des pourcentages à la droite de la droite ».

                                          I AM                                                                      Mike de Sinsémilia 

  « Je n’aime pas le côté Ségolène Royal de l’écologie ! »

 Répondant à l’appel d’associations comme Réseau Éducation Sans Frontières ou d’associations écologiques, le groupe Sinsémilia ne souhaite pas tenir un discours à la place des militants mais préfère « mettre [sa] notoriété au service des projets de celles-ci ». Et d’ajouter dans la confidence : « Je le fais pour être en accord avec ce que je suis et ce que je ressens en tant que citoyen ». L’écologie ? Voilà qui sera un des thèmes du prochain spectacle de l’humoriste franco-marocain Gad Elmaleh. Le fin observateur de notre société traitera plus précisément de la « dictature écologienne », comme il la nomme. « Je pense qu’il y a des gestes à faire vraiment pour améliorer les choses mais aujourd’hui on vit sur des concepts : planète, tri sélectif, taxe carbone… Il y a des vrais soucis, je ne minimise pas. Mais je n’aime pas le côté évangéliste, tous ensemble, tous ensemble. Je n’aime pas le côté Ségolène Royal de l’écologie ! ». Le nouveau comédien « américain » (il vient de tourner avec Steven Spielberg et Woody Allen) n’a pas sa langue dans sa poche et dégaine, comme il sait si bien le faire, à coup d’humour et d’ironie : « Je ne fais pas partie de ces artistes qui, pour montrer qu’ils sont des gens biens, sensibilisent les gens à l’écologie ou prennent des photos avec des enfants africains. Je n’ai pas besoin de dire devant les caméras que je jette des yaourts dans une poubelle ou des bouteilles de verres dans un conteneur. Je suis d’accord, on peut se dire que quelqu’un qui est connu peut servir d’exemple. Mais il y en a déjà qui le font… Yannick Noah chante pied nus. C’est bien, il faut laisser les gens qui chantent pieds nus… Les pieds sur terre, ce sont des symboles forts ! ». En tout les cas, il ne minimise pas « l’impact » de l’humour pour combattre les préjugés de la société. L’humour, une arme ? « Oui, complètement, on peut désarmer des choses, combattre le racisme. On peut parler de vrais soucis, du racisme, de la sécurité et de l’insécurité, on peut en parler avec humour tant que celui-ci est intelligent, réfléchi et qu’il soit une vraie analyse d’un phénomène, malgré le bord politique. Moi je n’aime les humoristes réactionnaires contre la police et le gouvernement… Ça ne m’intéresse pas. Faire une vanne sur un policier, tu peux faire applaudir 100 000 personnes, c’est comme ça. Mais c’est trop facile ». Et « taper » sur les politiques ? « Moi c’est l’humain qui m’intéresse, l’observation. Faire une vanne sur le fait que Nicolas Sarkozy soit petit de taille, même un gamin, il est capable de le faire. Mais faire une bonne vanne sur le président de la République, en observant, ça c’est intéressant. (Un hélicoptère survole à ce moment là, l’espace presse où Gad Elmaleh répond à nos questions, ndlr) Voyez, j’en parle et déjà, il y a l’armée qui arrive ! ». CQFD.

Simon Daval

       Riké de Sinsémilia                                       Gad Elmaleh

 

 

Publicités