Gad Elmaleh : « La notoriété t’empêche d’être qui tu es vraiment »

Posted on 7 septembre 2010

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En août dernier, l’humoriste franco-marocain a donné la dernière représentation de son spectacle « Papa est en haut » à la Foire aux Vins de Colmar et il prend actuellement plusieurs mois de repos bien mérités. Ce soir là, le roi de l’impro a encore une nouvelle fois chamboulé tout son spectacle pour laisser place à l’interaction avec le public, pour le plus grand plaisir de la coquille alsacienne, remplie à bloc pour l’occasion. Quelques heures avant son entrée sur scène, l »un des chouchous des français est arrivé en salle de presse, lunettes noires, accompagné de son fils : « tu vas voir les journalistes ont des questions sérieuses et intéressantes » ! Retour.

 

La tournée et les racines :

Ce soir (le 7 août, ndlr), c’est la toute dernière, de toute ma vie des dernières de ce show, « Papa est en Haut ». J’ai pas de nostalgie de cette enfance, parce que j’ai le sentiment que la nostalgie vient de la rupture avec un endroit, avec la naissance, le Maroc ou la famille. J’ai plutôt un héritage de la famille qui m’a transmis des valeurs. D’ailleurs je viens en famille ici à Colmar, j’ai fait visité la région à mon fils, je viens avec mon père, c’est plutôt des valeurs qu’on m’a transmise plutôt que de la nostalgie. 

Les récompenses (il a été fait Chevalier des Arts et des Lettres en 2006 et a reçu un diplôme de Master honoris causa en sciences humaines et sociales en 2007 par une université marocaine en signe de reconnaissance) :

Je n’ai pas fait d’études, alors quand une une université vous remet un diplôme alors que vous n’avez pas fait grand chose, c’est pas mal. C’est un titre honorifique. Je ne suis pas contre les récompenses, les décorations et les médailles. Certains artistes ou personnalités les boudent alors qu’elles ont grandi dedans. C’est plus facile quand on a grandi dans des grandes familles françaises de dire, « ah non je ne veux pas la légion d’honneur », mais quand on part de zéro, on en rêve. Moi j’ai aucun diplôme, je rêve de la légion d’honneur, d’un oscar, d’un césar, tous les awards possibles. Je n’ai aucun problème avec ça et je ne boude pas ce genre de reconnaissances là.

Le Gérard pour son film Coco de « la feignasse tellement décontractée du gland qu’elle recycle un de ses vieux sketchs en film d’1h30 » :         

Je ne m’y suis pas trop attardé, ça m’aurait fait rire, si ça avait collé à la réalité mais ça a été du vrai travail mon film. La formule est drôle. C’est bien que ça existe. Mais je sais pas quoi dire… Le film a fait trois millions d’entrées quand même même si artistiquement il a plein de défauts et de maladresses.

Le cinéma (tournages avec Steven Spielberg et Woody Allen) :

Spielberg, on dirait un nom alsacien, un peu, non ? Ca s’est très bien passé, j’ai été assez fasciné. Ca date déjà, ça fait 6 mois. J’ai tourné dans les studios de Los Angeles. J’ai un petit rôle dans son film « Tintin » qui sortira en octobre 2011. Avec Woody Allen ? C’est une expérience incroyable. C’est un tout petit rôle que j’ai avec ce grand metteur en scène. Je l’apprécie énormément. C’est une expérience folle, j’y crois pas trop encore. C’est incroyable de se retrouver sur un plateau avec lui. Le film de Spielberg s’est fait en 3D avec des capteurs de mouvement avec une approche très technologique alors que Woody Allen a une approche très naturaliste avec la caméra très proche des acteurs et très peu de prises. En même temps, je n’ai pas beaucoup de texte. J’ai une seule réplique, en français.

La notoriété : 

Il y a quelques jours, j’étais avec des copains, en train de faire le con dans une rue en Suisse, il n’y avait pas grand monde et je me suis dis, si les gens me reconnaissent, ils vont dire, ah ben c’est parce qu’il est comique qu’il fait le con. Alors que pas du tout, j’ai fais ça toute ma vie, mais quand j’étais petit et pas connu. La notoriété t’empêche d’être qui tu es vraiment. Parfois, j’observe les gens, et iqd on me reconnaît, ça m’enlève la possibilité d’avoir une observation naturelle. C’est pour ça que j’aime aller dans les endroits où personne ne me reconnaît pour pouvoir observer librement.  

L’humour sans sa vie quotidienne : 

Je ne vais pas mentir, je ne vais pas dire que tous les jours, je suis sympa, ce n’est pas vrai et ce ne serait pas humain sinon.. Mais je crois qu’en tant qu’humoriste, on attend plus de toi que tu sois sympathique et avenant. Mais de là à faire tout le temps le con avec les gens, non. Un jour, j’ai appelé ma soeur des Etats-Unis, j’étais à New York, j’avais passé la soirée avec des américains qui ne savaient pas du tout qui j’étais et je lui dis :« Tu sais quoi ? Je crois que j’ai vraiment de l’humour ! Parce que j’ai fais rire des gens qui ne savent pas qui je suis, j’ai essayé de trouver des bons gags et je crois que ça a vraiment bien marché ! ». 

Les « interactions » avec le public : 

J’ai besoin de ça, sinon j’ai peur de m’ennuyer si je suis dans la routine et dans un texte qui est tout le temps le même. J’ai besoin d’interrompre le spectacle, d’aller vers un spectateur, repartir, boire un petit truc… J’appelle ça des sorties d’autoroute. Ca donne de l’énergie.   

Les rappels : 

Je n’en fais jamais, d’ailleurs j’explique ça dans mon spectacle. Quand c’est fini, c’est fini, c’est un métier. Quand vous allez chez le dentiste, quand il a terminé, il ne vous rajoute pas un coup de fraise. Si j’ai envie de revenir, je reviens. Il faut pas que ce soit quelque chose de fabriquer le fait de revenir, genre par hasard, devant soi disant, l’insistance du public.

Propos recueillis par Simon Daval

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