« Les gens se focalisent sur les têtes d’affiches ! »

Posted on 16 juin 2010

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Les 2, 3 et 4 juillet, les Eurockénnes débarquent, comme chaque année, sur la presqu’île du Malsaucy dans le Territoire de Belfort. Afin d’y voir un peu plus clair sur la programmation, nous avons rencontré Kem’, l’un des deux programmateurs. L’occasion également de parler de l’identité du festival et de la crise culturelle. Concerts à ne pas manquer ou coups de coeur à découvrir, lumières et projecteurs sur cette programmation 2010 !

Simon Daval : Quels sont les concerts à ne pas louper le vendredi ?

Kem’ : Tout d’abord Jay-Z, c’est un poids lourd et sans doute l’un des plus grands artistes que l’on ait pu accueillir aux Eurockéennes. Il est peut être moins connu en Europe qu’aux Etats-Unis, mais là-bas c’est vraiment une super star : un producteur hors du commun, un artiste compositeur et interprète de talent. S’il s’est beaucoup confronté au public rap, il a depuis un moment, « envie » d’un public rock. Sur scène, il est accompagné d’une douzaine de musiciens, il veut vraiment séduire et conquérir un autre public. Il sera là avec bien plus qu’une formation hip-hop classique, et ce sera, c’est clair, un super show ! Charlotte Gainsbourg, c’est un évènement que de l’accueillir. C’est sa première tournée, elle commence à peine à faire des « lives ». Ce qui nous a décidé ? C’est qu’elle soit accompagnée sur scène par les musiciens de Beck.

S.D. : Quels sont les incontournables du samedi ?

K. : Le retour de The Hives, (venus en 2007) qui avaient enflammé la grande scène avec du rock’n roll classique mais de bonne facture. Une sorte de rock n’roll garage avec un esprit 50’s, 60’s et un son actuel et surtout un chanteur assez charismatique ! Il y aura aussi The Specials, que nous n’avions pas vu sur scène depuis longtemps. C’est un vieux groupe de ska rocksteady qui s’est reformé l’année dernière et qui a enflammé les festivals anglais. Nous avons vu les images et on s’est dit qu’il fallait vraiment les programmer ! The XX, c’est le groupe qui a explosé cette année. Ils n’ont sorti qu’un album et se sont retrouvés très vite au sommet. Quand on les a vus la première fois, il y a 6 mois, on a pris un peu peur car ils sont très jeunes mais on a eu quelques échos depuis et tout cela s’est amélioré, nous sommes assez confiants.

S.D. : Et le dimanche ?

K. : Nous sommes ravis d’accueillir de nouveau Massive Attack (ils sont venus en 2008). On a adoré le nouvel album, le nouveau projet, et donc il n’y a pas de raison de ne pas les accueillir de nouveau. Il y aussi Empire Of The Sun, qui fait sa première tournée sur les scènes européennes. On attend beaucoup du leader Luke Steel, habillé et maquillé sur scène. C’est un gros show avec des hymnes pop, très attendu ! The Bloddy, également. Il y a longtemps que l’on n’avait pas eu un ouragan comme cela, qui déchaine en électro, autant de passion. Il est dans la veine du crossover électro à la Prodigy et pour les avoir vus en concert, je peux te dire qu’ils retournent toutes les scènes comme une crêpe ! Et puis Mika sera un gros morceau. C’est une tête d’affiche un peu populaire comme il y en a chaque année sur les Eurockéennes. Il s’est vite retrouvé au sommet, il y a 3 ans, avec un un album qui a fait un carton mondial. C’est un artiste un peu fantasque qui mélange plein de choses. Il tire son épingle du jeu sur scène car c’est un vrai performer.

Massive Attack en 2008 sur la grande scène des Eurockéenes.

S.D. : D’ailleurs, il semble que le nom de Mika ait fait un peu « polémique » au sein de l’équipe du festival, non ?

K. : Chaque année, nous avons un artiste populaire (Tryo ou Cali les années précédentes). D’accord aux Eurockéennes, nous avons une programmation assez pointue, mais nous essayons aussi de ne pas nous couper totalement de ce qu’attendent les gens de la région, qui n’ont pas forcément l’occasion de voir ces têtes d’affiches là. Mika est arrivé comme une évidence. Et pour ne rien te cacher, en 2007, j’étais le seul à le défendre, j’avais senti « le bon plan », au tout début, avant qu’il ne soit connu. On aurait pu l’avoir pour rien, il a cartonné pendant l’été et cette fois, il sera là mais avec un statut de tête d’affiche et un cachet beaucoup plus cher !

S.D. : Et quels sont tes coups de coeur ?

K : Il y en a pas mal, mais je dirais pour le vendredi : Two Door Cinéma Club, un trio irlandais qui nous a bluffé par leur fraicheur, leur énergie et leur bonne humeur ; The Black Keys, ce n’est pas vraiment une découverte mais on voulait les inviter depuis longtemps et c’était très difficile de les avoir. C’est un duo qui a redonné de l’intérêt au vieux blues. Le samedi : Omar Souleyman, un artiste syrien qui mélange les influences de son pays avec du rock et de la musique électronique. C’est un ovni qui fait aussi bien les mariages, les fêtes populaires, que les concerts. Il a un son hors du commun – qui peut prendre la tête au bout d’une demie-heure !-, et un style vraiment particulier ; Serena Maneesh qui distille une pop féminine un peu sensuelle, c’est quelque chose de frais et une bonne découverte à faire. Le dimanche : Gablé, nous avons eu l’occasion de le voir déjà au festival GéNéRiQ il y a deux ans, c’est lui aussi un extraterrestre qui bricole de la musique avec les moyens du bord mais qui a un sens de la composition et de l’aspect théâtral hors du commun ; Gallows avec une bête de scène Frank Carter. A chaque fois que je les ai vus sur scène, j’ai adoré, c’est un super show à l’énergie, ils donnent tout !

S.D. : De plus en plus, on entend dire que les Eurockéennes perdent leur couleur rock, que réponds-tu à ces « critiques » ?

K’ : Quand on regarde la programmation, il y a autant de rock que les années précédentes. Après les gens se focalisent surtout sur les têtes d’affiches, sur Jay-Z, Mika, Missy Elliott… sans trop creuser ce qu’il y a derrière. Il y a plus de world music, c’est vrai, qu’auparavant, mais il y a toujours beaucoup de ce que j’appelle du rock : pop,métal, noise… Mais nous sommes de toute façon un festival éclectique, et non un festival rock, pop, métal, reggae ou hip-hop. La base est pop rock, et on y amène beaucoup d’autres styles différents, ça a toujours été la volonté.

S.D. : Dans le secteur culturel en ce moment, c’est aussi la crise. Ressens-tu ces difficultés directement ou indirectement dans ton métier de programmateur ?

K. : Nous le ressentons sur le montant des cachets surtout ! D’année, en année, ils flambent ! On l’avait vu il y a quelques temps pour les têtes d’affiches mais désormais, c’est généralisé. On sent bien que les artistes gagnent de moins en moins d’argent avec le disque. Leur gagne pain aujourd’hui, c’est la scène, le marchandising, les produits dérivés. Nous sommes donc obligés de composer avec cela et avec le budget que l’on nous donne. Il y a certaines têtes d’affiches pour lesquelles nous sommes obligés de dire non car c’est vraiment trop cher. Et ce serait au détriment d’autres groupes. Notre idée, ce n’est pas de faire venir ACDC, une première partie, U2, une première partie, et puis les Black Eyed Peas, une première partie. On la connait cette recette, on serait plein les trois jours, mais c’est pas ça l’idée ni l’esprit, sinon ça ne sert à rien d’avoir deux programmateurs  !

 

 

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